Ce dimanche 1er mars, nous accueillons le trio Line & Borders à l’occasion du deuxième TEA JAZZ de la saison. Dans ce contexte, nous sommes allés à la rencontre de Leïla Soldevila qui est à l’initiative du trio pour en savoir plus sur ce projet aux multiples facettes.
Q: Pourrais-tu nous parler de ton parcours en tant que musicienne et du cheminement qui t’a mené à composer Line & Borders ?
Leïla Soldevila : Au départ je voulais faire du violoncelle et de la harpe et je faisais déjà du piano. On m’a mis une contrebasse entre les mains et je n’ai pas vraiment accroché au début. Et au bout d’un moment, c’est devenu un peu mon défouloir, mon petit moment chéri. Je me suis totalement réapproprié et approprié l’instrument. À partir de ce moment, ça a été mon instrument, bien au-dessus du piano. On s’est apprivoisées. Maintenant oui, il y a une évidence, ça nourrit, ça construit, ça guérit, c’est magique. La contrebasse est à la fois la fondamentale de l’orchestre, on est présent et en même temps on est en retrait. On peut se mettre en valeur avec des mélodies. Il y a plein de possibilités dans les esthétiques, on peut aller partout. On peut naviguer dans les milieux, les cultures. C’est un instrument magique parce qu’il s’adapte à tout, et en même temps il à la fondamentale de beaucoup de choses.
Pour parler plus spécifiquement de mon parcours en tant que musicienne, j’ai fait du piano, après j’ai enchaîné avec l’IMFP de Salon de Provence, puis le Conservatoire de Lyon en classique et en jazz. Ensuite un bachelor en Hollande à La Haye, plutôt en jazz mais aussi en parallèle en classique. Après, j’ai intégré le CNSM en jazz, d’abord en Erasmus, puis j’ai passé le concours d’entrée en master et j’ai fait le master. En sortant de là, j’avais besoin de faire tout sauf du jazz et du classique. C’était un besoin fondamental, une espèce de crise d’ado de la musique. J’avais besoin de sortir du conservatoire et de me forger dans d’autres contextes. On m’a appelée pour un projet de musique traditionnelle du monde avec Saïd Chraïbi et Henri Tournier. Henri en a gardé un très bon souvenir et il a donné mon nom au label Accords Croisés. Le directeur m’a appelée pour un nouveau projet. On a fait ce projet, ça s’est très bien passé, on a beaucoup tourné à l’étranger. Des musiciens de l’étranger ont commencé à me rappeler. J’ai commencé à tourner à l’international, plutôt dans les musiques traditionnelles du monde, la chanson française, la pop. Petit à petit j’ai voulu réintégrer le classique parce que le son d’orchestre m’intéressait beaucoup. Le jazz est revenu dans ma vie parce que j’ai été repérée. Avec le Covid, ça s’est resserré en France et tout a fusionné. On m’a appelée en classique, en musiques traditionnelles, en chanson française. C’est un parcours avec plein de directions, qui parfois se séparent et parfois se rejoignent. Ce que j’adore, c’est travailler avec des musiciens étrangers, m’imprégner de plein de musiques. Et je pense que dans mon projet, ce qui ressort, c’est ce mélange entre quelque chose de très identifié jazz, classique, et en même temps quelque chose de populaire, de vivant, en contact avec les personnes.
Q: Quelles sont tes influences musicales de manière générale et pour le projet Line & Borders ? Ces rencontres ont-elles influencé ton jeu ?
Leïla Soldevila : Oui, je pense que j’ai des influences de plein d’esthétiques différentes. Dans une chanson je peux prendre l’archet puis passer en pizzicato, partir que quelque chose de très jazz et partir sur une autre couleur. Je me sers de mon parcours varié en tant que créatrice, en tant que musicienne c’est que je peux apporter autant en side comme en lead.
Q: Comment as-tu rencontré Célia et Félicité ? Comment le trio s’est-il formé et quelles ont été les premières inspirations du projet ?
Leïla Soldevila : La première chose, ça a été le son. J’avais envie de ce son de cordes, contrebasse et voix. C’était très intuitif. Je connaissais deux musiciennes et j’avais envie d’essayer ce son là. Je voulais mêler l’acoustique et l’électrique, plonger dans les pédales d’effet. Ça, c’était le point de départ. Loïs Le Van m’a parlé de Célia Forestier. Elle a grandi dans un studio d’enregistrement, elle est très libre, très adaptable, avec une culture musicale très forte et une intuition dingue. Elle s’adapte à tout et j’adore sa voix. Pour Félicité De Lalande, je ne la connaissais pas, elle m’a été conseillée. Elle est atypique, pleine de ressources, très investie, elle donne plein d’idées, et elle avait envie de plonger dans le projet. Elle apporte son regard comme ça, avec un parcours en classique et en contemporain. Elle apporte plein d’idées et de couleurs. On est trois personnalités fortes, très différentes, qui se complètent. Ce ne sont pas trois mondes qui fusionnent, mais trois mondes qui s’apportent des facettes différentes.
Q: Est-ce que tu avais déjà les compositions quand vous avez commencé à travailler ensemble ?
Leïla Soldevila : Oui, j’avais déjà beaucoup travaillé en amont sur la composition et la thématique du projet qui est l’observation du vivant, les changements d’états, la métamorphose. Ça peut être une naissance, un décès, un moment qui chamboule une vie intérieure et qui mène à quelque chose d’autre. Les compositions étaient faites avec ces idées précises. Félicité et Célia ont apporté des choix et des idées, mais j’ai amené la matière sonore de base.
Q: Est-ce qu’il y a eu des choses inattendues qui ont émergé ?
Leïla Soldevila : En tant que compositrice, ce qui est incroyable c’est lorsque quelqu’un transcende ce qu’on a écrit. On a une idée et tout à coup c’est incarné, approprié, et ça devient encore mieux que ce que l’on avait imaginé. C’est magique. Et c’est ce que j’ai ressenti avec ces musiciennes, elles m’en mettent plein les yeux avec la matière que j’ai composée.
Q: Le fil conducteur de Line & Borders, c’est la transformation, le changement d’état ?
Leïla Soldevila : Oui, la transformation sous toutes ses formes : matière, nature, esprit. La création, c’était une mise en image de toutes ces thématiques-là. Il y a une dimension scientifique -c’est aussi le lien avec mes études-, ce projet est imprégné de la notion du vivant qui se transforme et d’une dimension émotionnelle. On peut zoomer sur le micro, le macro, les cellules ou prendre du recul sur une vie entière et ses coupures, ses passages. Ça vient faire appel à cette histoire du vivant. Ce qui est bien, c’est qu’à chaque concert, on peut infuser le vivant avec ce qui se passe autour.
Q: Qu’est-ce que tu dirais au public, dans quel état d’esprit doivent-ils venir dimanche et à quoi doivent-ils s’attendre ?
Leïla Soldevila : Un concert, c’est 50 % les musiciens, 50 % le public. Plus on est portés par le public, plus on peut donner. Un concert, c’est l’alchimie entre un musicien et son public. Donc je leur dirais d’être là, nombreux, avec de l’énergie d’écoute. Qu’ils se laissent faire par ce qui vient et qu’ils soient prêts à voyager avec nous. L’AJMi est un lieu auquel je suis attachée, j’ai passé dix ans à Salon-de-Provence, j’ai beaucoup de liens ici. J’aime cette notion de lien, ça a beaucoup de sens pour moi.
Line & Borders sera en concert à l’AJMi dimanche 1er mars 2026 à 17h30. Le concert est précédé d’un goûter partagé dès 16h30. Concert accessible dès 10 ans. Réservations & infos depuis l’onglet Agenda.